Le Tibet aux portes du Sichuan

Le Tibet est le plus haut plateau habité de la planète, avec une altitude moyenne avoisinant les 5 000 mètres. Cette région est située au nord de la gigantesque chaîne de l’Himalaya. La question de l’identité tibétaine et de son territoire géographique, historique et politique est un point sensible, tant au niveau de la scène internationale qu’au niveau du territoire chinois. Les manuels chinois parlent du Tibet comme d’une région historiquement ancrée en Chine et exposent des événements qui ont effectivement eu lieu mais dont certaines données ont été modifiées.

 

D’une façon générale, le peuple tibétain fascine le monde occidental depuis des décennies. Il fascine car il est le peuple du toit du monde, reconnu pour avoir une foi quasi inébranlable bouddhiste, ce qui fait son identité. La population tibétaine compte entre 5 et 6 millions d’individus en Chine et fait partie de l’une des 56 minorités ethniques officielles (un petit point sur les minorités ethniques dans cet article). Ils sont repartis pour moitié dans la région autonome du Tibet, et pour autre moitié dans les anciennes provinces tibétaines du Kham et de l’Amdo (Tibet historique), que sont aujourd’hui le Qinghai et le Sichuan, principalement.

 

 

Distinction importante entre Tibet historique et Région autonome

 

On distingue à ce jour deux concepts :

  • La Région Autonome du Tibet
  • Le Tibet historique

 

Le Tibet a aujourd’hui le statut de « Région autonome » de la République Populaire de Chine, avec pour capitale, la ville de Lhassa. Ce territoire correspond en réalité à une partie seulement du Tibet historique : avant les événements de 1959 (l’exil du Dalaï-Lama en Inde), le Tibet comptait dans son territoire les provinces chinoises du Sichuan et du Qinghai. En revêtant le statut de « Région autonome », le Tibet dispose, en théorie, d’une liberté culturelle, du respect de ses coutumes, de sa langue et de son administration, avec, à sa tête, le leader tibétain qu’est le Dalaï-Lama. Ce dernier vit depuis 1960 en exil dans le nord de l’Inde avec son gouvernement.

 

On distingue donc le Tibet historique – une région revendiquée par le gouvernement tibétain en exil – de la Région Autonome du Tibet. Le Tibet historique comprend trois régions traditionnelles, que sont l’U-Tsang, l’Amdo, et le Kham. La province chinoise du Sichuan, dont la capitale n’est autre que la ville de Chengdu, fait donc partie intégrante du Tibet historique puisqu’elle compose, avec la province du Yunnan, la région du Kham.

 

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Tibet historique

 

 

L’Amdo et la Kham sont donc officiellement en territoire chinois, mais sont des provinces traditionnelles tibétaines, où s’est notamment développé le bouddhisme tibétain comme en atteste le grand nombre de monastères dont beaucoup furent détruits lors de l’intervention militaire chinoise au Tibet dans les années 50. C’est dans l’Amdo qu’est né l’actuel Dalaï-Lama, Tenzin Gyatso, en 1935.

 

 

Pourquoi se rendre dans les anciennes provinces tibétaines plutôt qu’au Tibet autonome ?

Pour de nombreux voyageurs, la simple évocation du nom du Tibet fait naître les envies les plus incroyables de dépaysement, de voyages et de découvertes. Ses grands espaces, sa culture, et aussi son peuple, suscistent beaucoup aux yeux des occidentaux. Pourtant, le Tibet est aussi une des régions du monde les moins accessibles et nombreux sont ceux qui ont renoncé à un voyage au Tibet à cause des réglementations strictes qui en limitent l’accès.

 

Plusieurs points importants à noter pour les voyageurs désirants se rendre au Tibet :

  • Il est impossible d’entrer au Tibet sans autorisation spéciale (permis) et sans guide ;
  • Il est obligatoire d’être accompagné d’un guide officiel (le plus souvent chinois) ;
  • Il est obligatoire de se déplacer dans un véhicule de tourisme officiel, avec un chauffeur officiel et en groupe (impossible de préparer un voyage au Tibet en solitaire par exemple) ;
  • Il est formellement interdit de passer une nuit chez l’habitant, qu’il s’agissent de maisons ou de tentes de nomades ;
  • D’une façon générale, il faut se préparer à débourser une somme incroyable pour espérer passer une semaine au pays des neiges.

 

Tous ces points sont inversés dans ce qu’on appelle le « Tibet Oriental » : on peut accompagner des nomades sur plusieurs jours de trek, il est possible de se rendre par ses propres moyens et à très faibles coûts dans les anciennes provinces tibétaines et il est même possible de louer un scooter pour partir à la découverte en solitaire des plateaux.

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Un dernier point à soulever : certaines « attractions » ont été conçues de toutes pièces par le gouvernement RPC pour attirer les touristes et tirer parti de la richesse que dégage ce pays ; elles y sont présentées comme des curiosités culturelles et sont là pour divertir le touriste occidental (ou chinois).

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Une ligne de train (surnommée poétiquement « le train du ciel »), la voie ferrée la plus haute du monde, relie actuellement la capitale chinoise Pékin (Beijing) à la capitale tibétaine Lhassa en 24h, ce qui est source d’amoncellement de touristes supplémentaires en territoire autonome du Tibet ; argent dont les tibétains ne voient pas la couleur…

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Passons. Une fois tous ces points soulevés, l’idée de nous rendre au Tibet Officiel ne nous réjouissait guère. Le sentiment de liberté que nous recherchions en imaginant le Tibet s’est fait de façon beaucoup plus aisée, en nous tournant vers les anciennes régions tibétaines qui sont accessibles sans permis, puisqu’officiellement partie intégrante du territoire chinois et que l’on regroupe sous le nom simplifié de Tibet Oriental. Ces dernières seraient ainsi plus authentiques encore que les régions strictement réservées aux touristes venus en Territoire autonome, et dont l’itinéraire est prévu bien à l’avance et dont il est impossible de se défaire. Il est faux de penser que les régions du Tibet oriental sont moins authentiques que le Tibet officiel de Lhassa.

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Le Tibet oriental dénombre ainsi de nombreux atouts pour le voyageur en quête d’authenticité, sans nuire au peuple tibétain. La culture tibétaine y est ainsi particulièrement présente : les habitants de ses régions se vêtissent des habits traditionnels tibétains, y mangent les spécialités culinaires tibétaines (à base de yak principalement), et parlent entre eux la langue tibétaine. Le Tibet oriental, n’a, à coup sûr, rien à envier au Tibet autonome qui n’a à l’heure actuelle d’autonomie que son nom.

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Que voir, que faire dans le Nord/Ouest du Sichuan ?

Quelques heures de route seulement séparent l’incroyable ville active et dynamique de Chengdu des zones rurales tibétaines très isolées situées dans le Sichuan. Les lieux extraordinaires de cette région de la Chine sont nombreux, notamment le magnifique Mont Yala (Yala Shan, 山  « shan » signifiant « montagne » en chinois), la chaîne de montagnes Gongga qui permet un accès au magnifique glacier de Hailuogou, ou encore le Mont Niubei qui offre le plus incroyable panorama en s’ouvrant sur une mer de nuages. Il est aussi possible de réaliser des pèlerinages tibétains, appelés aussi « Koras » autour de ces lieux sacrés dans la culture et la religion tibétaine.

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Le Mont Gongga 贡嘎山 – également connu sous le nom de Minya Konka – se situe dans la zone de transition entre le bassin du Sichuan et le plateau tibétain. Il fait parti de la chaîne de montagne Daxue (prononcez Dachué) et culmine à plus de 7 500 mètres d’altitude. Elle est ainsi la plus haute montagne au monde après l’Himalaya et est surnommée « le Mont des monts du Sichuan » ou le « Roi des montagnes Shu ». Gongga Shan est entouré de 145 pics, dont l’altitude est comprise entre 5 000 et 6 000 mètres d’altitude. Le mont comprend également des calottes glaciaires, dont le glacier Hailuogou dont nous parlions plus haut, accessible en plusieurs jours de trek à cheval. On peut y croiser les fameux léopards des neiges, une des 9 espèces animales très protégées qui ont trouvé refuge dans cette réserve naturelle, mais aussi des pandas, un peu moins protégés (tiens donc, la fierté nationale moins protégée que le gros chat ?).

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Quelques beaux endroits à voir dans le Tibet Oriental, au départ de Chengdu :

  • un arrêt à la ville de Moxi pour rejoindre le glacier Hailuogou et ses sources d’eau chaude ;
  • un passage obligé par Kangding, qui ne vaut pas le détour mais qui est considérée à juste titre comme la porte d’entrée du pays de Kham (c’est ici que débarquent les bus, mais aussi les vols intérieurs) ;
  • un saut par Bamei, et visite de son monastère : Huiyan ;
  • une pause-photo au village de Xinduqiao, reconnu comme le paradis des photographes ;
  • une visite express au petit village de Jiaju, près de Danba, village considéré comme l’un des plus beaux du Tibet ;
  • un passage quasi obligé au plateau de Litang 理塘: vaste plaine peuplée de nomades qui vivent dans des tentes ;
  • un autre passage obligé : Tagong 塔公 adorable petit village tibétain où vous pouvez vous faire faire une veste sur mesure dont au départ duquel il est possible de faire des trek à cheval de plusieurs jours chez l’habitants, dans les plaines de nomades « grasslands » environnantes. Altitude moyenne 3 700 m, nous culminerons à 4 500 ;
  • le mont Niubei, située à proximité de la ville de Ya’an : un paysage impressionnant, qui bouleverse par sa beauté (on peut y admirer une mer de nuages qui s’étend et qui offre un panorama splendide et qui en fait la plus grande plateforme panoramique sur un paysage sauvage.

 

Niubei Mount

Niubei Mount @Credit photo : Atoutibet.com

 

 

A seulement quelques pas de Chengdu… (enfin 10h de bus) : le Tibet.

 

Se rendre dans le nord ouest du Sichuan au départ de Chengdu

En deux étapes :

  1. Chengdu – Kangding : 141元 par personne, départ toutes les heures à la gare routière de Xinnanme : 成都旅游汽车客运中心. Comptez environ 10h de trajet (départ à 7h30 arrivée à 17h30).
  2. Une fois arrivés à Kangding, louez les services d’un chauffeur pour vous rendre dans la ville que vous souhaitez : plusieurs endroits sont intéressants au départ de Kangding : Xinduqiao, Bamei… Nous avons choisi de nous rendre dans le petit village de Tagong, 50元 par personne, environ 3h de route. Sommes arrivés à Danba à 20h30.

 

En chemin, notre regard se pose sur des paysages fabuleux. L’altitude moyenne de Kangding se situe à 2 560 mètres. En 3h de route, nous grimpons de plus de 1 000 mètres : Tagong se situe en effet à 3 700 mètres d’altitude. Des collines verdoyantes s’ouvrent devant nous. Nous sommes en covoiturage avec un tibétain et trois autres chinois dans une petite citadine 5 places ; nous sommes un peu à l’étroit. Notre chauffeur dépose nos trois acolytes aux portes d’un monastère ; nous continuons notre chemin.

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En route, un petit rappel du film Sept ans au Tibet lorsqu’un tibétain au volant de sa voiture tire la langue à notre chauffeur : le « bonjour » à la tibétaine. Ce film est d’ailleurs inspiré de l’histoire racontée dans l’oeuvre autobiographique d’Heinrich Harrer, explorateur autrichien et alpiniste reconnu. Il y décrit son séjour au Tibet jusqu’en 1951 et popularise ainsi le Tibet aux yeux de tous ses lecteurs.

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La route que nous empruntons est sinueuse : c’est l’unique route qui relie Kangding à Tagong. Elle semble se frayer un passage au milieu de plaines et de collines verdoyantes… ce sont donc ces paysages si typiques des plateaux tibétains que nous imaginions. La route reste abîmée voire défoncée par endroit. En prime, un troupeau de yacks nous barrent le chemin et nous contraint à attendre quelques minutes avant de pouvoir reprendre la route. La beauté des paysages est saisissante et ne connait pas la monotonie : entre deux collines, quelques tentes nomades blanches. On aperçoit au loin des montagnes au pics enneigés et notamment une imposante chaînes de montagnes aux neiges éternelles.

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Arrivée à Tagong : se loger, se restaurer

Notre tibétain nous arrête à l’entrée du village de Tagong. Il s’agit de la place principale qui héberge les trois uniques auberges des environs : difficile de se perdre. Nous ne pouvons que vous conseiller de vous rendre à Khampa Café and Arts. Ce petit hôtel rassemble tout ce dont vous aurez besoin durant votre séjour : des lits confortables, une pièce à vivre chaleureuse et conviviale, des repas tibétains ou occidentaux à des prix tout à fait corrects et délicieux, a l’image de son personnel composé de locaux et d’expatriés d’une gentillesse sans limite. Nous aurons ainsi fait la connaissance de Juliet, une américaine qui fera ses études à Strasbourg et que nous accueillerons avec plaisir. Un hôtel aux allures de melting-pot qui nous aura permis de rencontrer des personnes tout à fait formidables, dont un moine tibétain qui nous expliqua son voyage sans passeport et à pieds entre la Chine et l’Inde pour tenter d’y apercevoir l’actuel Dalaï-Lama.

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Un décalage complet, avec ces tibétains circulant le long de la rue principale, jalonnés de commerces, restaurants et échoppes de tissus tibétains. De temps à autre, un tibétain déboule sur une moto, faisant de cette artère un semblant de western chinois. Les échoppes se suivent et ne se ressemblent pas : toutes sont ornées de magnifiques et riches décorations, toutes plus colorées les unes que les autres.

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A la sortie du village, des prairies de haute altitude qui abritent les nomades et éleveurs de yaks. Des drapeaux de prières couvrent ces parcelles de terres vallonnées.

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Au loin, on aperçoit le magnifique Mont Yala et ses cimes vertigineuses qui culminent entourées d’une fine brume à plus de 5 800 mètres. Au cours de la matinée, Yala Shan se dévêtira de ce manteau nuageux pour nous faire dévorer du regard ses neiges éternelles, embrassant un ciel bleu, incroyablement clair.

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Derrière cette montagne, la Province Autonome du Tibet.

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Nous participerons à une fête au village qui a pris place au dessus de la ville.

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Photos en vrac

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2 Commentaires

  1. Très instructif et bien illustré, comme toujours !

  2. […] Au final, maintenant c'est décidé, nous allons partir vers l'ouest du Sichuan pour nous rapprocher de la frontière tibétaine. Je pense qu'après toutes les grandes villes que nous avons traversé il est temps maintenant de retrouver de grands espaces. Nous avons même sérieusement hésité à remonter au nord du pays pour voir la Mongolie intérieure, ou même à nous rendre au Tibet mais je pense que cette option est la plus réalisable et authentique. Pour vous faire une petite idée, avant de vous faire notre propre retour, nous nous sommes bien aidés de ce type de site d'information : Le Tibet aux portes du Sichuan […]

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