La Grande Muraille de Chine rien que pour nous (ou presque)

Un an de vie en Chine… et il nous aura fallut attendre presque 9 mois pour prendre la décision de nous rendre (enfin) aux pieds d’un des monuments les plus emblématiques encore visibles de nos jours : la Grande Muraille, Chángchéng 长城 en chinois. Non seulement cet édifice est la structure architecturale la plus importante jamais construite par l’Homme, mais elle est aussi un exemple hors-du-commun d’un passé historique tumultueux entre la Chine et ses envahisseurs. Elle est aussi la preuve que des échanges commerciaux eurent lieu entre les civilisations agricoles et nomades de la Chine antique.

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La muraille et ses différentes tours de guets

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Un rapide point

Ses ondulations s’étendent à perte de vue sur plus de 6 700 km ; certains diront qu’elle en comptabilise plus de 8 000 km si l’on prend en compte les frontières naturelles qui lui font suite : montagnes, cours d’eau… Une étude de 2012 réalisée par l’Agence d’Etat du Patrimoine Culturel Chinois va même jusqu’à réestimer la longueur totale de l’édifice, assurant qu’il s’étendrait sur plus de 20 000 km, comptabilisant ainsi tranchées et tronçons disparus dont il ne reste que quelques fondations encore visibles. Quoi qu’il en soit, on sait aujourd’hui que plusieurs tronçons ont complètement disparus et que d’autres sont en très piteux état. La fortification est constituée d’un mur de 5 à 7 mètres de large en moyenne, pour une hauteur variant elle aussi entre 5 et plus de 10 mètres selon les portions.

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Mettons fin aux croyances et idées reçues : il est impossible de voir la Muraille de Chine à l’œil nu depuis la lune. La muraille n’est en effet pas plus large qu’une autoroute et aucune autoroute n’est encore visible de la station spatiale internationale…

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Un peu d’histoire

La construction de la Muraille remonte au IIIe siècle avant J.C., sous la dynastie des Qin, première dynastie chinoise. Vers 220 avant J.C., l’empereur des Qin, Shi Huangdi, décida d’unifier les différents royaumes indépendants pour créer la Chine. Chaque royaume avait jusqu’à alors construit des pans de muraille pour se protéger des invasions barbares venues du Nord. L’unification fut un projet de taille : Shi Huangdi entrepris de relier tous les tronçons existants dans le but de créer une immense fortification et d’en faire un système défensif cohérent.

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A l’époque, la Muraille était principalement faite d’une superposition de couches de terre. Des centaines de milliers d’ouvrir prirent part à ce pénible travail d’assemblage, parmi lesquels un bon nombre périrent. Une légende raconte que les corps des malheureux eurent servis eux aussi à la construction de la Muraille.

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Au fil du temps, les empereurs suivants firent de l’entretien de la Muraille une tâche secondaire ; la dynastie des Hans préférant négocier avec les combattants du Nord en leur offrant femmes et jeunes filles plutôt que de prendre part à une guerre. Cependant, certains empereurs comme l’empereur Wudi, voyaient dans la Muraille une formidable opportunité d’accroître le commerce du pays : la construction de la Muraille reprit, favorisant ainsi le négoce et le développement de la Route de la Soie. La Muraille servait alors une fonction de route de transport pour les hommes et les marchandises.

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Ce n’est véritablement que sous la dynastie des Ming que la Muraille prit sa configuration actuelle et l’apparence qu’on lui connaît à ce jour. Les Ming entreprirent un projet de remaniement colossal : celui de recouvrir la Muraille de briques et de dalles de pierre pour empêcher les armées Mongoles et Mandchoues d’envahir la Chine. Au 16e siècle, la construction de la Muraille reprit donc de plus belle. 10 millions d’hommes périrent sous ce travail harassant et dangereux.

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Se rendre sur la Muraille : quelles possibilités s’offrent à vous ?

Il est important de noter que les 7 000 km de la Muraille ne sont pas tous ouverts au public. Certains endroits, en ruines, risquent à tout moment de s’effondrer et il est du devoir du gouvernement de garder ces parcelles intactes. Trois tronçons principaux sont ainsi ouverts aux touristes :

  • Badaling 八达岭
  • Mutianyu 慕田峪
  • Simatai 司馬臺 et Jinshanling

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Changcheng map

 

 

Badaling

Le premier tronçon, Badaling, est le plus accessible : il est le premier tronçon à avoir été ouvert au tourisme dans les années 60 après d’importantes rénovations. Au départ de Pékin, des transports en commun vous permettent de rejoindre cette partie restructurée de la Muraille sans difficulté aucune. La ligne ferroviaire S2 (accessible depuis la Gare du Nord de Beijing) ou des bus en provenance de Denshengmen font les navettes fréquemment. Désormais visitée chaque année par des millions de visiteurs (on dénombre 50 000 visiteurs par jour en moyenne), la zone s’est développée de façon significative. Hôtels, restaurants, mais aussi autoroutes et téléphérique (!) font partis du paysage. Evitez à tout prix d’y aller lors des National Holidays (au moins d’octobre) : une horde de touristes vous y attend. En effet, ne comptez pas vous fondre dans la masse de touristes européens. Pékin, c’est aussi la capitale de la Chine, et le milliard de chinois qui se partage le reste du territoire veulent, eux aussi, découvrir leur patrimoine.

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National holiday badaling.

Mutianyu

Mutianyu est un peu moins touristique et accessible que Badaling. Située à environ 2h de trajet et 70km au nord ouest de Pékin, Mutianyu est une section qui fut utilisée à l’époque comme barrière de défense au nord pour la capitale et les tombes impériales. Les paysages environnants de cette section de la Grande Muraille sont fabuleux : elle est entourée de bois et de ruisseaux à 90%. Mutianyu propose elle aussi aux touristes d’emprunter un téléphérique pour grimper ses 8 mètres de hauteur ou laisse la possibilité de rejoindre par la marche sa surface de granit. Une particularité bien connue de Mutianyu est la piste de luge / toboggan qui permet de redescendre la muraille. Pour les curieux, c’est par ici.

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La construction du téléphérique dans ces deux portions mais aussi d’autres infrastructures touristiques environnantes, a évidemment eu un impact direct sur l’intégrité visuelle de la Muraille.

 

Cable car

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Simataï

Enfin : Simatai, dernier point de départ possible. Située à environ 120km du centre de Pékin, cette portion de la Muraille n’a pas fait l’objet d’importantes restaurations. Par moment, la Muraille est donc en totale ruine : c’est cette authenticité qui pousse le touriste à venir sur ce tronçon de 6km qui la relie à Jinshanling.

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La portion de Simatai est l’une des plus escarpées et des plus abruptes de la Grande Muraille. Le site est vertigineux : édifié le long de crêtes abruptes, la muraille serpente au grès des paysages naturels. Deux passages sont particulièrement impressionnants : l’Echelle Céleste et le Pont du Ciel. Le premier – avec sa pente à 85° donnant sur des falaises de part et d’autre – débouche sur le second, qui n’est large que de 40cm à son arrivée. Pour construire cette partie de la Grande Muraille, il a fallut acheminer les briques à dos de chèvre jusqu’à ces endroits difficilement accessibles. Son point culminant se situe à près de 1 000 mètres d’altitude, offrant alors une vue spectaculaire au sommet des crêtes rocheuses.

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Petit plus : des sections de la Grande Muraille à Simatai comportent des briques où sont inscrites les dates auxquelles elles furent édifiées. En passant par ses 34 tours de guets au cours de 4 heures de marche, on se surprend ainsi à imaginer un temps ancien où l’Armée chinoise et ses gardes effectuaient des rondes de surveillance. D’ailleurs, la distance moyenne qui sépare les tours de garde les unes des autres n’est que de 100 à 200 mètres. Les plus proches ne se situent qu’à une quarantaine de mètres de distance, ce qui confère à cette portion de la Muraille une densité particulièrement élevée, quand on sait que la distance qui sépare les autres tours de garde des autres sections de la Grande Muraille d’époque Ming était d’en moyenne 500 mètres.

L’UNESCO a inscrite cette section de la Muraille au Patrimoine Mondial.

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Mise en garde, voyagez responsable

De nombreux voyageurs aspirent à une découverte de la Muraille de façon plus sauvage, moins organisée. Souvent, cela se fait au risque de l’endommagement de la Muraille et de l’extraordinaire patrimoine qu’elle représente.

Riz-cantonais.net®, voyageurs blogueurs éco-responsables, soutient le collectif Ecogreen !

 Nombreuses sont les agences et auberges qui proposent ainsi aux voyageurs de dormir sur la Muraille, dans des abris de fortune, sans prendre garde aux déchets inhérents à la vie humaine (ordures mais aussi déjections) et cela se fait bien sûr en toute illégalité. N’oublions pas que la Chine reste un pays communiste, et que le gouvernement ne verrait pas d’un très bon œil que des touristes étrangers se permettent une telle offense. Néanmoins, et comme toujours, des solutions alternatives sont possibles : dormir dans le petit village de Dongpo, par exemple, qui côtoie (c’est le mot), la Muraille et la section de Simatai.

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Notre expérience et notre avis

Sans une once d’hésitation, nous avons opté pour la troisième solution : la balade de Simatai à Jinshangling et ses 6 km de dénivelé. Nous avons contacté une agence basée à Pékin, associée à une auberge de jeunesse (toutes les informations en bas de l’article).

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Rendez-vous à 8h30 à l’auberge de jeunesse située en plein cœur des Hutong 胡同 (le « vieux Pékin », un des symboles de la capitale chinoise et de son histoire, formée par la succession de petites ruelles atypiques en ligne de briques). Départ en bus pour 3h de route. Après 2h de trajet, nous apercevons au loin la Muraille qui suit le relief montagneux ; moment émouvant que de voir cette construction dont nous avions préparé la rencontre depuis quelques semaines seulement. Notre guide nous fait rapidement le débrief de cette portion de mur. Nous écoutons ses explications mais l’excitation de monter et de partir à la découverte de la Muraille est bien trop présente.

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Une fois là-haut, la Muraille se dessine à perte de vue, suivant de façon obstinée les courbes irrégulières du récif montagneux qui lui sert de socle. Tout autour, des paysages splendides, montagneux et complètement désertiques. Les pavés respirent un temps ancien, des siècles passés durant lesquels des hommes ont portés à bout de bras un à un les morceaux de pierres que nous foulons de façon si simpliste aujourd’hui. Une ligne de séparation qui divise :

  • d’un côté la Chine
  • et de l’autre la Mongolie.

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Là où l’Homme à voulu autrefois voulu laisser une trace indélébile, nous constaterons au fil de notre balade que la nature majestueuse reprend sa place. Végétations et arbres recouvrent progressivement les balustrades de pierres. C’est au grès des dénivelés que nous découvrons la Muraille. Quelques vendeurs ambulants nous accompagneront dans notre promenade, nous croiserons aussi 1 ou 2 couples de touristes… et c’est tout.

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La portion de Simatai est sans aucun doute l’un des plus jolis paysages qu’il nous ait été donné de voir durant toute cette année à l’autre bout du monde. Des portions de Muraille totalement désolés, laissés à l’abandon, et qui tombent en ruines. Par delà les murs, des paysages qui s’étendent à perte de vue… Un voyage à faire, absolument.

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BDBA (Beijing Downtown Backpackers Accomodation)
Adresse : Nan Luo Gu Xiang No. 85 (ligne de métro 6 ou 8)
Téléphone : (+8610)84002429
Prix : 250 RMB / personne (environ 35€)
Site internet : www.backpackingchina.com
Contact : Joe, beijing@backpackingchina.com

 

 

Quelques conseils de dernière minute

  • Choisissez des vêtements adaptés à la randonnée et aux conditions climatiques du jour : il peut en effet faire très chaud, ou au contraire très froid. Munissez-vous donc de chaussures confortables (on évite les mocassins à la mode chinoise SVP) qui offrent une bonne adhérence et un bon appui pour le pied. Côté vêtements, l’idéal est de se vêtir de plusieurs couches, que l’on ôte ou remet selon les variations de témpérature.
  • Pensez à emporter bouteille d’eau et encas : lors de la randonnée, l’effort physique à certains endroits nécessite que l’on s’hydrate beaucoup. Idem, un petit coup de boost ne fait de mal à personne : un fruit ou une petite barre chocolatée sera toujours appréciée lors d’une pause bien méritée dans une des tours de guets :)
  • Dernier conseil : si vous optez pour la section Simatai – Jinshangling, sachez qu’elle ne nécessite pas d’être un féru de sport. Toutefois, certaines parcelles demandent un minimum de bonne condition physique.

 

Bon voyage !

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2 Replies to “La Grande Muraille de Chine rien que pour nous (ou presque)”

  1. Superbe article, magnifiques photos… Merci Élise et Baptiste pour ce partage.

  2. Génial, un nouvel article, et de très belles photos loin des vues touristiques habituelles.

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